Du 25 mai au 3 juin 2010, les élèves et le personnel de l’école St Martin des Sablons du Mans vont vivre un défi ambitieux : 10 jours sans écran où télévisions, ordinateurs, consoles de jeux… devront rester éteints.
Face à un tel projet, nous en sommes en droit de nous demander quelles sont les raisons qui motivent ce défi. Intitulé également 10 jours pour voir autrement, ce projet n’a absolument pas pour but de stigmatiser la télévision ou l’internet. Nous vivons dans un monde d’images ou le virtuel prend une part de plus en plus importante dans notre quotidien. Les enfants dont nous avons la charge à l’école sont nés dans cet univers. Bien sûr, nous avons tous en tête les risques d’une consommation importante et sans accompagnement des écrans. Je ne m’attarderai pas sur le sujet. D’autres, tel Jacques Brodeur, l’ont déjà très bien fait, statistiques à l’appui.
Pour nous, le premier objectif est de permettre à chacun de se rendre compte de l’emprise que peuvent avoir ces écrans dans notre vie de tous les jours. Quel est notre degré de dépendance ? Sommes-nous capables de passer 10 jours sans allumer les écrans qui nous entourent ?
Pour pallier au manque et pour nous permettre de tenir, il nous faut proposer des animations sur le temps hors-scolaire pour donner à chacun la possibilité de vivre autrement les temps passés habituellement devant les écrans. Et c’est là, notre second objectif. Permettre à l’école de devenir un lieu de rencontre, un lieu de vie où vont se côtoyer autrement les familles, les enfants, les enseignants, le personnel de l’école et les associations du quartier. Une école de la vie où chacun pourra proposer une animation à destination des familles. Vivre ensemble une activité sportive, une veillée conte, une visite d’exposition…
Très souvent, nous allumons la télévision le soir en rentrant du travail ou de l’école pour décompresser, faire le vide, nous évader… après une journée parfois stressante. Ici, nous prendrons le temps de vivre d’autres activités moins solitaires permettant également de nous évader, nous amuser, prendre du plaisir.
Mais ce défi ne prendrait pas tout son sens si nous ne prenions pas le temps d’évaluer, de faire le bilan de ces dix jours. Qu’il s’agisse des écoles outre-Atlantique ou de celles de Strasbourg qui l’ont vécu en 2008 et 2009, les résultats sont identiques : Les relations aux autres sont pacifiées, le temps passé aux devoirs du soir ou à la lecture est plus long, le sommeil est amélioré, même l’aide aux tâches ménagères est plus important.
C’est à ce moment précis qu’il faut donner le temps aux enfants de répondre à la question suivante :
Pourquoi pendant ces dix jours, mes relations aux autres étaient moins violentes, pourquoi passais-je plus de temps à lire, à faire mes devoirs ou à aider mes parents ? Pourquoi mes nuits étaient plus reposantes ?
C’est alors que ce défi devient une formidable amorce à une réelle éducation à l’image ancrée dans le réel. C’est donc à ce moment précis que peut commencer l’apprentissage de la lecture… d’images qui permettra à chacun de comprendre les enjeux, de décoder les messages véhiculés par toutes les images qui nous entourent.
Qu’est ce que je veux au juste, la connaissance ou la liberté ? L’une est-elle possible sans l’autre ?
Yvon Rivard
L’école se doit de prendre à bras le corps l’enjeu que représente cette éducation à l’image. Nous sommes donc loin d’un défi qui viendrait culpabiliser les familles en disant ce n’est pas comme cela que l’on fait. Non, notre objectif est bien de former les hommes de demain: des hommes debout et libres.




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