10 jours sans écran ?
Nous avons créé le DÉFI SANS ÉCRANS en 2003 en collaboration avec l’Association des comités de parents des régions de Québec et de Chaudière-
Appalaches.
Objectif premier: réduire la violence physique et verbale dans les écoles primaires et secondaires.
Avec le DÉFI SANS ÉCRANS, les jeunes constatent trois choses:
- combien de temps ils passent devant des écrans,
- à quels impératifs obéissent ces écrans qui diffusent des messages publicitaires et non publicitaires, des
jeux vidéo, des films, etc.
- quels dommages ces écrans causent à leur santé.
Une fois renseignés, les jeunes se voient proposer un exercice collectif, organisé, planifié, où ils s’entraînent (durant 2 ou
3 mois) à échapper à l’emprise des écrans et découvrent les moyens d’y arriver librement, avec enthousiasme et
entraide.
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à organiser ce projet fou ?
C’est un cueillette de jouets militaires réalisée en 1986, Année internationale pour la paix, qui nous avait permis de
constater que les jouets les plus populaires portaient le nom des émissions de télévision les plus violentes à l’époque: GI Joe et Transformers, avec
respectivement 84 et 81 actes d’agression à l’heure. Les émissions avaient été réalisées par le fabriquant de jouets Hasbro pour mousser les ventes
et forcer les parents à les offrir à leurs enfants. Le producteur de jouets payait des réseaux pour diffuser une pub qui
durait le temps d’une émission complète, et le procédé n’avait pas éveillé la curiosité du législateur dans un
Québec où la pub aux moins de 13 ans était formellement interdite depuis 1980.
En 1990, nous avons inauguré à Québec et à Montréal deux monuments pour la paix en y intégrant les jouets que les enfants
nous avaient confiés. Afin de poursuivre la sensibilisation des enfants et des parents, nous avons voulu continuer d’aiguiser le
jugement critique des enfants et des ados avec le VOTE des JEUNES, un scrutin éducatif qui permettait aux élèves des écoles
primaires et secondaires de déterminer les productions les plus toxiques et les plus pacifiques dans 4 catégories: émissions de
télé, films, jeux vidéo, vidéoclips.
C’est après dix années d’animation du VOTE des JEUNES, que nous avons constaté à quel point la puissance des messages publicitaires sur l’imaginaire des
enfants pose un réel problème moral, social et politique. Le déséquilibre croissant entre lepouvoir de l’industrie publicitaire
et le jugement critique fragile dujeune humain est devenu flagrant et inacceptable. D’un côté, des professionnels de la séduction, de
l’autre, de jeunes cer veaux incapables de distinguer la fiction de la réalité.
En plus des images séduisantes,nous avons constaté que le contenu diffusé sur les écrans entre les publicités pose lui aussi
problème. Comment l’industrie du divertissement procède-t-elle pour attirer des spectateurs, les captiver et les fidéliser? Une société le
moindrement civilisée peut-elle décemment autoriser des professionnels à utiliser des milliers de scènes de violence
pour attirer des auditoires toujours plus nombreux et de plus en plus jeunes? Les associations professionnelles de psychologues,
de pédiatres et d’enseignants du Canada et des États-Unis ont pourtant sonné l’alarme à plusieurs reprises au sujet des
impacts négatifs des écrans sur les jeunes.
En dehors du Québec et de la France d’autres pays ont-ils été séduits par cette opération ?
À notre connaissance, les États-Unis sont le premier pays à avoir organisé un projet similaire. Nous n’avons pas
créé cette opération au Québec à partir de zéro. Elle nous a été inspirée par le programme SMART créé en
Californie par le Dr Thomas Robinson de l’Université Stanford. Les résultats ont démontré que la réduction de la
consommation d’écrans entraînait une diminution de la violence verbale de 50%, de la violence physique de 40%, de
l’obésité et de l’asticotage pour obtenir des parents qu’ils achètent des jouets vus à l’écran. Une véritable révolution.
Les enfants les plus agressifs sont ceux qui ont réalisé les progrès les plus importants.
C’est parce que le matériel de SMART n’était pas disponible pour traduction en 2001 que nous avons décidé de
créer notre propre programme axé sur la réduction de la consommation d’écrans; nous l’avons expérimenté
dans 11 écoles primaires et une école secondaire et l’avons évalué. Les résultats ont non seulement confirmé,
mais surpassé, ceux obtenus en Californie. Le «vaccin» a démontré son efficacité hors de tout doute selon les
évaluations recueillies auprès des parents, des enseignants et des enfants.
Cinq années après sa création, nous avons atteint des taux de participation qui dépassent les 95%, toujours sur une
base volontaire.
Comme toute technologie, la télévision a ses avantages et ses dangers? Quels sont ceux que vous repérez ?
La télévision est une technologie au pouvoir fantastique. Laissée entre les mains d’industries commerciales aux
intérêts privés , elle devient dangereuse. Sans encadrement, sans autorité sociale crédible, sans protection des publics vulnérables, elle
peut entraîner des dommages énormes, profonds, et hélas, durables.
Les jeux vidéo utilisent eux aussi les écrans et le nombre de joueurs accrocs ne cesse d’augmenter, au point
où l’on voit maintenant apparaître des centres de désintoxication. Les associations de pédiatres des États-
Unis et du Canada soutiennent, études à l’appui, que la consommation des écrans a des liens avec l’agressivité des
enfants, le manque d’habiletés sociales, la criminalité violente, l’obésité et l’anorexie, le déficit d’attention, la
consommation de tabac et d’alcool, les comportements et attitudes sexuelles à risques, etc.
Les industries qui utilisent les nouvelles technologies pour le bénéfice premier de leurs actionnaires au détriment de
la santé des jeunes humains ont des responsabilités. Mais qui donc va obliger ces industries à assumer leurs
responsabilités? Comme les mêmes industries contrôlent aussi l’information transmise au public, grâce
notamment à la concentration de la presse, la société se retrouve face à un problème supplémentaire de gestion
du bien commun, de réglementation des ondes publiques . Les consommateurs demandent d’être renseignés sans l’interférence du lobby
des médias et des publicitaires. Qui devrait assumer la protection des enfants contre des industries qui les
prennent pour cibles? L’heure est venue pour les parents et les enseignants de s’organiser.
Un défi 10 jours sans écran, c’est un temps fort, d’après vous que faudrait-il faire pour prolonger les effets recherchés ?
Pour obtenir et prolonger les avantages du DÉFI SANS ÉCRANS, le programme SMART préconise de maintenir la
consommation d’écrans à moins de 7 heures par semaine. Edupax préconise 5 heures par semaine, tous écrans
confondus. Cette limite entraîne l’enfant à gérer sa consommation et à devenir maître des écrans au lieu d’en
rester la cible, au lieu d’en devenir le prisonnier, l’esclave. Nous sommes en mesure de promettre aux familles qui
maintiendront un tel régime que les résultats scolaires augmenteront, que les risques d’abandon scolaires
diminueront, que les habiletés sociales de l’enfant prendront leur envol, que l’estime de soi augmentera, que les
risques de consommation d’alcool de tabac et autres substances diminueront, que le temps consacré à l’activité physique et à la lecture
augmentera et que les risques d’obésité diminueront. Rien de moins.
Le DÉFI SANS ÉCRANS est tout le contraire d’un retour en arrière à
l’époque où l’on s’éclairait à la handelle comme le craignent quelques
sceptiques; en fait, c’est un bond vers l’avant qui rend le jeune MAÎTRE des écrans et des industries qui les
utilisent, au lieu d’en rester la proie.




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